Le MAGNE

Beaucoup d’émotion en arrivant dans cette extrémité du Péloponnèse (le « doigt » du milieu), la plus méridionale de l’Europe continentale. C’est un peu le cap Horn de l’Europe !

Les oliveraies disparaissent petit à petit pour laisser place à des paysages arides et sauvages, aux arbres très rares, aux buissons sacrément épineux, aux troupeaux en liberté. Sur les routes vertigineuses, toutes en lacets, apparaissent de rares villages, tout en pierre, constitués de tours-maison aux allures de forteresse, qui rappellent les tours fortifiées et vendettas des alpes albanaises.

Entre les quelques criques où, seuls au monde, nous installons chaque soir notre bababus’campement, nous profitons pendant le jour, après les quelques heures d’atelier-école, pour aller marcher dans la colline dégarnie. Dans cette nature comme pétrifiée, parsemée de quelques ruines antiques et de villages aux allures abandonnées, il y a quelque chose de l’ordre de la poésie. Les petits buissons jonchés sur les ces pentes raides ressemblent à une constellation de confettis au milieu de la roche.

Donc botaniquement, c’est passionnant, richissime en espèces malgré une roche qui semble à nu. Les végétaux rivalisent d’ingéniosité pour résister aux chèvres, au sel, au sec, au vent, à tout et prennent des formes prostrées et arrondies, ponctuées d’épines. L’air marin semble transporter des effluves de thym (Thymbra capitata en fait) et de sauge. Les euphorbes (et surtout Euphorbia dendroides et E. acantothamnos) forment partout de magnifiques buissons tout ronds auxquels les herbivores ne se frottent pas à cause du latex toxique. Cauchemardesque aussi, quand, perdu le fil du sentier, nous nous retrouvons au milieu de la colline, perdus au milieu de ces buissons à épines (Sarcopoterium spinosa, Calycotome villosa, …), et arrivons à en sortir quelques heures plus tard enfin, les jambes en feu, lacérées de griffures, avec néanmoins un Émile très courageux !

Euphorbes dendroides et là-haut, les chèvres
Tenter de traverser ce paysage de pimprenelle épineuse (Sarcopoterium spinosum) , NE PAS TENTER

L’émotion de ce paysage, c’est aussi la façon dont le relief a été ménagé, tout en étages, tout en pierre sèche, pour mieux cultiver. Les paysans ayant quitté les lieux (à cause de l’Europe productiviste ?), les chèvres en liberté et quelques feux d’écobuages contribuent à entretenir la lisibilité de ces millions de terrasses.

C’est sur ce type de bout du monde, si riche écologiquement et historiquement, que notre voyage prend tout son sens…

Réveil au cap Tenare, péninsule méridionale de l’Europe
Aride, sauvage et bestial…
La férule tout en graines
Sacha, gâté par les pêcheurs de la crique de Kokkala

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5 commentaires

  1. Coucou les globe-trotters !!,
    Pierrot m’a donné le blog pour (enfin) vous suivre… on était en week-end moussaillons avec faustine. Superbe photos d’une region inconnue pour nous. Bravo à vous

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  2. Merci à vous 3 (ou 4 avec le chat). Nous faire partager cette liberté au long cours et ces découvertes de plantes adaptées et surprenantes, et le travail ancestral des hommes qui se perd aujourd’hui dans un paysage qui semble presque « post-civilisation ». Presque une anticipation? Ces milliers de murets de pierres et de terrasses, c’est vraiment poignant. Merci encore de lire la poésie sur ces lieux désertés et que nous n’aurions jamais exploré. Vous êtes de vrais voyageurs. Marie

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  3. bonjour les nomades, les vagabonds! merci beaucoup pour les mots les photos les dessins les pensées partagés. Encore … De Toulon, je vous envoie le bon souffle

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