• Athènes, Parlons enfin jardins !

    Nous voici depuis une semaine à Athènes ! On rêvait de cette ville, où nous avions des RV programmés avec des paysagistes et des jardins. Si la Cité est plus réputée pour ses caryatides, sa densité urbaine ou sa circulation infernale que pour ses jardins, elle cache de très nombreux « poumons verts ».  Les arbres d’alignement et la garrigue surgissent partout aussi mais ne suffisent pas à absorber une espèce d’aridité urbaine ou résoudre le problème cuisant du fog, ce léger voile de pollution constante dans toute l’agglomération.

    Avant d’arriver en ville, nous avions un premier RV, prévu de longue date, Sparoza, le fameux jardin de la Mediterranen Garden Society. Sally, curatrice du jardin, et quelques volunteers, venus de Grèce, d’Australie et d’Afrique du Sud, nous accompagnent chaleureusement dans le jardin. Comme en Angleterre, les bénévoles sont fréquents dans les Jardins. Sally est irlandaise et collectionne des espèces rares, surtout des bulbes. Et c’est la saison des crocus, des cyclamens, des colchiques. Ici, on est émus par la terre rouge et le soin porté à cette collection botanique. La bibliothèque botanique du lieu recèle aussi des trésors.

    Sparoza, la belle terre ocre
    La pépinière de Sparoza, et le bababus jamais loin

    Un peu plus loin, au Sud d’Athènes nous faisons une rencontre magnifique : Jennie. Jennifer Gay, paysagiste, dessine et aménage des jardins secs, s’inspirant de la Phrygane, le nom de la garrigue locale. Vilka Agouridis nous accueille très chaleureusement dans son jardin, avec Jennie. Son jardin est un chef d’œuvre. Les buissons méditerranéens d’euphorbes, romarins, phlomis, sauges, graminées, dans des scènes aux camaïeux de feuillages verts, gris et argentés, se glissent sous l’oliveraie existante. À la façon des paysages d’agroforesterie, quelques arbres, oliviers, grenadiers, cyprès, ponctuent l’espace. Quelques pelouses de steppes, forment des couvre-sols verts et gris. Jennie et moi travaillons de la même façon, un pied dehors, un pied dedans, et suit de près ses réalisations. Toujours en mouvement, elle va d’île en île s’occuper de ses jardins. Nous nous promettons de nous retrouver au printemps prochain afin de faire ici un projet ensemble. En attendant, émile est comblé quand Vilka lui offre d’anciens Mickey’magazine, reliés, tout en français. Anne-Laure fait le reportage du jardin, si photogénique.

    Le jardin de Vilka et George Arougidis
    avec Jennie Gay, paysagiste

    Le lendemain, Vilka m’emmène dans un monastère, où un jardin botanique tente de faire un inventaire de la flore hellénique. Enfin, je vais pouvoir vérifier le nom des espèces rencontrées dans le Péloponnèse et les îles. Même s’il manque dans ce projet un paysagiste pour mieux dessiner le projet, on est déjà un peu dans les Cyclades. Et pour la première fois, il y a une pépinière avec des plantes locales, façon Filippi.

    Monastère de Kaisariani (Athènes)

    Car dans ce type de jardins, le pépiniériste Olivier Filippi, est ici aussi le pape du jardin sec. Ses très beaux livres, tous traduits en anglais, trônent sur les tables. La production végétale grecque reste totalement dominée par les arbres fruitiers et les plantes ornementales exotiques. Difficile de retrouver la flore de la phrygane dans les pépinières. Alors ici, aussi fou que cela puisse paraître, les propriétaires de jardin se fournissent à Mèze, dans l’Hérault, à la pépinière Filippi! Les plantes voyagent beaucoup, on le savait !

    Retour à Athènes au Jardin National, fierté des athéniens, avec ses cyprès pluri-centenaires, ses caroubiers géants et de nombreux spécimens, très âgés et impressionnants. Ici, au contraire, on ne lésine pas sur l’arrosage, et c’est très très verdoyant. De façon générale, les jardins publics sont très arrosés et rappellent souvent les squares haussmanniens, à la touche pas franchement méditerranéenne.

    Iphiopogon émileus! épuisé de courir dans les jardins…

    Exception faite pour le dernier espace public né à Athènes, le très grand centre culturel Stavros Niarchos, où nous allons avec les Brunet, venus nous rejoindre en terre hellène. Stavros Niarchos était un grand armateur grec, très riche donc, légendaire rival d’Aristote Onassis, et sa fondation lance ce projet culturel avec notamment un bâtiment de Renzo Piano, entouré d’un jardin méditerranéen de 15 hectares. C’est Athènes à l’heure contemporaine, comme un pied de nez à la crise économique. Les paysagistes Deborah Nevins et Helli Pangalou évoquent ici la végétation méditerranéenne avec une très belle palette de plantes de garrigue (issues de la pépinière Filippi !!!). Très belle aussi, l’immense terrasse suspendue du toit de l’Opéra, avec des vues ouvertes sur toute la métropole, est couverte de graminées dorées (Hyparrhenia hirta et Piptatherum miliaceum) qui rappelle la couleur dorée des paysages agricoles. Le contexte rappelle l’histoire du jardin des Migrations à Marseille, avec pour la première fois en ville, l’aménagement d’un vrai jardin méditerranéen. On renoue ici aussi avec le paysage et la « campagne » environnante, avec la garrigue, enfin la Phrygane donc.

    Stan, le 21 octobre 2019

    Jardin du centre culturel Stavros Niarchos
    Exubérance dans les rues d’Athènes
    et maintenant, après la ville, si on retournait dans les îles…

  • Rencontre avec les « glands » de Kéa
    Quercus ithaburiensis, le sauveur de Kea.

    Depuis quelques jours nous avons débarqué le bababus a Kéa (prononcez Tzia); cette petite oubliée des cyclades, lieu de villégiature préféré des athéniens, avec son relief mouvementé, son petit port joli, ses eaux cristallines, maisons blanches, chapelles et moulins, tout y est…..enfin les images classiques de la Grèce !!!! En octobre, il y a personne, mais plus personne du tout. Restent les iliens et quelques athéniens en villégiature. Du coup au lieu d’écumer les bars (fermés) de l’île, nous avons étrenné ses sentiers escarpés et fait en prime une super rencontre.

    Dans les hauts de Kea
    enfin du blanc et du bleu ….

    Marcy Meyer, une américaine qui nous a fait manger des …glands. Rencontrer Marcy, c’est rencontrer le rêve américain, cette grande blonde super dynamique installée en grêce depuis plus de 30 ans et à Kea depuis 15 ans a remis à l’honneur la cueillette des glands et la cuisine à base de farine de gland….On ne rigole pas au fond de la classe!!!

    Marcy et ses méga glands

    ici c’est une vrai petite révolution qui s’est opérée en moins de 10 ans. Il faut dire que l’île dont les reliefs sont assez secs et escarpés est couverte d’une variété de chêne : Quercus ithaburiensis ssp. Macrolepis, dont les glands sont aussi gros que des noix. Jusque dans les années 60, ils procuraient un revenu complémentaire aux fermiers qui vendaient les chapeaux (on dit cupule en langage scientifique) pour l’industrie du tannage. Le fort taux de tanin présent dans ces cupules séchées et réduites en poudre était un élément essentiel dans le processus de tannage naturel. Remplacé par la chimie, ce commerce a été stoppé net dans les années 60 et notre quercus totalement oublié. C’était compter sans super Marcy qui, en voyant ces énormes glands, s’est d’abord souvenue qu’en Californie, on mangeait autrefois des glands. Elle a passé plusieurs années à faire des tests et des recherches pour aboutir à la production d’une farine de chêne délicieuse qu’elle commercialise dans le monde entier sous forme de cookies. Dans le même temps, elle a publié ses recherches afin de faire connaître à tous la simplicité du process (ramasser, sécher, enlever la peau, couper, faire tremper, sécher et …manger) et les qualités nutritives extraordinaires des glands : super riche en potassium et en antioxydants. En Corée c’est un ingrédient très utilisé là où, en europe, il est seulement utilisé pour les bêtes.

    A quelques jours de la récolte…chaque arbre peut donner jusqu’à 500Kg de glands

    Mais ce n’est pas tout…..car Marcy veux plus alors elle est allée en Turquie et y a trouvé une société qui remet à l’honneur le tannage biologique en commercialisant un produit fait à base de cupules de gland pour remplacer directement les produits chimiques utilisés actuellement et hautement polluants. Les glands de Kea , gros et riches en tanin ont particulièrement intéressé les turcs (société Hamada) qui achète désormais les glands de Kéa….Et hop Marcy a depuis 1 an recréé la filière pour les fermiers de l’île. Elle cueille quant à elle ses glands sur les terrains des nombreuses maisons de vacances sur l’île et avec ses 10 tonnes de gland tente d’inonder le marché avec ses supers cookies…très très bons.

    Loulida, enfin un village tout blanc

    Après cette cyclavisite, nous rejoignons Athènes la grande ville, loin de nos spots paradisiaques, mais avec la perspective de nombreuses rencontres et visites de jardins et pépinières…

    On enchaine les spots de rêve desert
    Et une petite rasade d’oursins pour le goûter avant de rentrer

  • Le MAGNE

    Beaucoup d’émotion en arrivant dans cette extrémité du Péloponnèse (le « doigt » du milieu), la plus méridionale de l’Europe continentale. C’est un peu le cap Horn de l’Europe !

    Les oliveraies disparaissent petit à petit pour laisser place à des paysages arides et sauvages, aux arbres très rares, aux buissons sacrément épineux, aux troupeaux en liberté. Sur les routes vertigineuses, toutes en lacets, apparaissent de rares villages, tout en pierre, constitués de tours-maison aux allures de forteresse, qui rappellent les tours fortifiées et vendettas des alpes albanaises.

    Entre les quelques criques où, seuls au monde, nous installons chaque soir notre bababus’campement, nous profitons pendant le jour, après les quelques heures d’atelier-école, pour aller marcher dans la colline dégarnie. Dans cette nature comme pétrifiée, parsemée de quelques ruines antiques et de villages aux allures abandonnées, il y a quelque chose de l’ordre de la poésie. Les petits buissons jonchés sur les ces pentes raides ressemblent à une constellation de confettis au milieu de la roche.

    Donc botaniquement, c’est passionnant, richissime en espèces malgré une roche qui semble à nu. Les végétaux rivalisent d’ingéniosité pour résister aux chèvres, au sel, au sec, au vent, à tout et prennent des formes prostrées et arrondies, ponctuées d’épines. L’air marin semble transporter des effluves de thym (Thymbra capitata en fait) et de sauge. Les euphorbes (et surtout Euphorbia dendroides et E. acantothamnos) forment partout de magnifiques buissons tout ronds auxquels les herbivores ne se frottent pas à cause du latex toxique. Cauchemardesque aussi, quand, perdu le fil du sentier, nous nous retrouvons au milieu de la colline, perdus au milieu de ces buissons à épines (Sarcopoterium spinosa, Calycotome villosa, …), et arrivons à en sortir quelques heures plus tard enfin, les jambes en feu, lacérées de griffures, avec néanmoins un Émile très courageux !

    Euphorbes dendroides et là-haut, les chèvres
    Tenter de traverser ce paysage de pimprenelle épineuse (Sarcopoterium spinosum) , NE PAS TENTER

    L’émotion de ce paysage, c’est aussi la façon dont le relief a été ménagé, tout en étages, tout en pierre sèche, pour mieux cultiver. Les paysans ayant quitté les lieux (à cause de l’Europe productiviste ?), les chèvres en liberté et quelques feux d’écobuages contribuent à entretenir la lisibilité de ces millions de terrasses.

    C’est sur ce type de bout du monde, si riche écologiquement et historiquement, que notre voyage prend tout son sens…

    Réveil au cap Tenare, péninsule méridionale de l’Europe
    Aride, sauvage et bestial…
    La férule tout en graines
    Sacha, gâté par les pêcheurs de la crique de Kokkala
  • La Grèce 1er épisode

    Une semaine que nous sommes arrivés en Grèce et on avoue qu’on sèche pour vous raconter des trucs.

    Avec la Grèce, retour à l’Europe, aux routes bien entretenues et au passage régulier des camions poubelles !!!

    Moi j’avoue qu’a part un voyage initiatique dans les Cyclades il y a 25 ans, mes 5 ans de grec ancien et les nombreux articles lu ces dernières années sur la crise grecque….je n’avais pas beaucoup de référence et je croyais qu’en Grèce toutes les maisons était blanche et qu on mangeait du tzatziki a tous les repas !!!!!

    Alors entre Ioannina et Kalamata dans le Péloponnèse…..finalement c’est quoi LA GRECE.

    C’est déjà des panneaux que tu ne comprends pas parce que tout est écrit dans un alphabet différent (merci les 5 ans de grec ancien qui nous ont parfois un peu aidé !!).

    Tu sais que tu es en Grèce quand on t’apporte une salade avec autant de tomate que de feta (et oui feta ça veut dire tranche……ça se sert donc ….en tranche).

    La Grèce en septembre c’est le retour de nos amis retraités qui ont enfin largué les petits enfants et s’offrent une tranche d’aventure avec leur super « Rapido ». A croire qu’il y a un pack retraite + rapido. Malheureusement j’ai peur que ça existe plus en 2050 !!!

    La Grèce ce sont ces îles presque trop nombreuses car entre les ioniennes, les Sporades, les Cyclades, les argo saroniques…..on ne sait pas trop par ou commencer.

    On a donc essayé un peu au pif par Leucade , première ile de la mer Ionnienne qui se trouvait accessible par un pont. Malgré un tourisme encore important nous y avons passé deux jours superbes entre mer et montagne passant d’un spot de folie en face de Skorpios la fameuse ile de d’Aristote Onassis à une petite place de village dans la montagne ou les chemins sentent le mou de raisin car à Leucade chaque famille possède sa vigne et se fait sa petite piquette perso.

    Skorpios en face et les saucisses juste devant
    cailloux ou pas cailloux, au vent ou sous le vent il faut choisir sa plage

    La Grèce c’est enfin la terre de l’antiquité, berceau de la science, de la démocratie,  de la philosophie et ….des jeux olympiques. On est donc passé par Olympie et on y a vu ……beaucoup de pierre et de magnifiques statues dont la finesse ne peut qu’émouvoir même les plus rustres !!! Splendide antiquité qui nous fait regarder le moyen âge comme une drôle de période obscure après ces siècles si riche .

    La photo colonne…..
    La fameuse première piste d’athlétisme …il y a plus de 2800 ans

    L’impression n’en est qu’amplifié quant on suit Émile dans son musée préféré d’Olympie, celui des inventions d’Archimède . Et là c’est le choc, on croirait presque à un canular tellement ce scientifique génial avait 3 siècle avant JC inventé et compris. De la pompe à eau au palan en passant par la vis sans fin ou la première hélice à vapeur. I avait même compris que la terre était ronde……

    Nous voila donc instruit et écrasé sous ce poids nous filons botaniser dans le 2eme doigt du Péloponnèse vers le Mont Taygète…il y aura peut -être des maisons blanches !!!!!

  • Ma vie de vanlifeuse

     Ami non introduit dans la vanlife sphère, je me suis fait un devoir aujourd’hui de vous mettre un peu à la page. Promis promis, on vous racontera très vite l’Albanie (trop sympa…surtout les albanais) mais en attendant ce qui nous prend une certaine partie de notre temps s’appelle « mon quotidien en van ».

    Eh oui même si Emile aurait aimé qu’on parte avec le méga camping car à 100 000, nous ne sommes partis qu’avec un modeste van VW T3, espace habitable…5m2.

    Malgré mon inscription sur toutes les communautés facebook de vanlifer…, nous manquait quand même l’expérience en fourgon presque aménagé. Et là …c’est le drame, nous n’avions pas du tout mesuré le temps nécessaire pour bien aménager notre petite maison, résultat nous sommes partis sans table, sans chaises, sans vélo ni porte vélo, sans gaz pour faire marcher la gazinière et le frigo et avec une batterie de service qui se déchargeait sans cesse (traduction pour les néophytes : la batterie pour l’électricité domestique).

    Bref , les vrais gens de la van life sphère vous diraient « comme des bleus ».

    le bon spot

    Résultat on ne vous raconte même pas combien de fois et en combien de langues on a du expliquer notre problème de gaz , mais à posteriori c’est assez comique. Il y a deux jours après avoir ausculté de nombreux compagnons van et rêvé devant les glaçons de nos copains camping car, nous avons renoncé à brancher notre frigo à gaz que nous espérons remplacer par une glacière avec compresseur et avons enfin réalisé un branchement direct de la gazinière.

    REVOLUTION : à l heure où on commence à se cailler les miches le soir venu, on peut faire la sousoupe à l’intérieur. Pour fêter ça, hier, j’ai fait des pizzas à la poêle !!

    Pour résumer, Emile a décrété que le voyage ne commencerait que quand on aurait du gaz et un frigidaire !!! En attendant, la table a été achetée à Biarritz et customisée en corse, l’électricité réparée par un albanais en Italie, les chaises sont croates, le tabouret albanais, on a trouvé un vélo sur l’île de Mjelt et laissé quelques trucs inutiles à notre super hôtel de Tirana.

    Nous montons maintenant le lit d’Émile en moins de 4 minutes et le nôtre dans un ballet de gestes qui n’a même plus besoin de mots. Chaque chose semble avoir trouvé sa place et notre quotidien se ritualise un peu. Le dimanche soir c’est film en famille, le matin ateliers chiffres et lettres pour Milou, le vendredi c’est Stan aux fourneaux.

    Homeschooling
    Crêpes sacré du ptit dej….même au milieu de nul part

    La vanlife c’est aussi la quête du bon spot pour passer la nuit, la quête de la fontaine pour remplir les gourdes et le réservoir d’eau. La vanlife c’est quand tu acceptes que ton cheveu soit gras et que tu apprends à te doucher avec 1l d’eau une fois tout les 4 jours.

    C’est des rencontres rigolotes comme celle d’hier avec Jaques et Daniele nos retraités de la fonction publique, débutée par un bon pastaga et terminé par un cours de super maitresse retraitée pour aider milou dans son apprentissage de la lecture.

    Bref après 2 mois d’apprentissage nous maitrisons enfin presque notre petite maison à roulettes et arrivons à partager sans heurt nos 3m2 !!! Allez soyons fous on irait presque jusqu’à dire qu’on aime ça, non on est pas dingues non plus mais cette liberté alliée à une promiscuité familiale un peu forcée à quelque chose d’unique qui fait la saveur du voyage. …..

    le bonheur